Fresque historique en cinq tableaux, Dernier recours de Baptiste à Catherine met en scène diverses classes de la société québécoise du XVIIIe et XIXe siècle et présente toute une galerie de personnages hauts en couleurs, tout à la fois romantiques, indépendants, rebelles, dont la destinée ultérieure sera d’autant plus tragique qu’ils n’étaient de toute évidence pas nés pour la soupane ou la soutane et encore moins pour le ptit pain de la grande noirceur.
Dernier recours de Baptiste à Catherine
Une fresque historique en cinq tableaux
Michèle Lalonde
une création du Théâtre d’Aujourd’hui
du 22 septembre au 6 novembre 1977
-
texte -
mise en scène -
interprétation -
interprétation -
interprétation -
interprétation -
interprétation -
interprétation -
interprétation -
interprétation -
interprétation
Création
-
texte Michèle Lalonde
-
mise en scène André Pagé
-
scénographie Guido Tondino
-
costumes François Barbeau
-
éclairages Claude-André Roy
-
musique Bernard Buisson
-
participation à la musique Gilbert Turp
-
maquillages Jacques Lafleur
-
régie Josette Beaupré
Une fresque historique
Fresque en cinq tableaux d’une poétesse qui a la tête politique, Dernier recours de Baptiste à Catherine met en scène – sur le mode épique – toute la problématique d’une société qui, de 1760 à 1850, s’est engagée sous l’œil narquois du conquérant britannique, dans un gigantesque malentendu entre la bourgeoisie d’une part, qui aspirait à la liberté politique et de l’autre, une Église – institution tolérée mais non reconnue par le conquérant – qui n’arrêtait pas de confondre pathétiquement la précarité de son existence propre avec celle de la nation. Un dialogue de sourds dramatique qui se soldera finalement dix ans après avec la répression de 1837 par la victoire incontestée d’une Église enfin officielle – à laquelle le conquérant accordera dès lors le statut privilégié de porte-parole autorisé de toute la collectivité. En échange de quoi, l’Église s’empressera de transformer en une vocation ce qui avait été jusque-là un destin.
Une Église
En 1972, les autorités civiles et religieuses firent connaitre leur intention de démolir le complexe paroissial de Sainte-Catherine d’Alexandrie dans le quartier ouvrier de Saint Jacques à Montréal. À la suite de Raoul Roy, militant socialiste du quartier, une ligue de citoyens s’élèvera contre l’indifférence des gouvernants dans un vigoureux Manifeste pour la sauvegarde des biens culturels. Comme toutes ces pressions paraissaient sans effet, l’idée vint alors à Michèle Lalonde de donner raison, quoiqu’il arrive, aux signataires du manifeste en récupérant ni plus ni moins l’édifice sur le mode littéraire. Fascinée par la dimension de cette simple église de quartier dans la conscience historique collective, elle entreprit d’en faire littéralement parler les murs dans une sorte de poème à plusieurs voix, axé sur des scènes de la vie nationale. Un premier manuscrit qui à la suite d’une série de métamorphoses se fit fresque historique pour devenir.. le Dernier recours de Baptiste à Catherine.
Des idées reçues
Agacée au tournant du siècle par les velléités laïques et libérales de créer et d’assumer la responsabilité politique d’un Ministère de l’Éducation, l’Église en prit ombrage et sitôt le bill enterré, s’empressa de prendre des mesures préventives pour l’avenir en ajoutant à sa charge l’enseignement de notre histoire – profitant de l’occasion pour la remodeler à son image. Plus précisément à celle qu’elle se faisait d’elle-même à l’époque : épiscopale et triomphante. Non satisfaite d’occuper toute la place dans le présent, l’Église entreprit alors de s’approprier également tout le passé. Dollard remplaça Chénier au Panthéon des Héros et tous les anciens canadiens dont tous les voyageurs avaient noté dès le XVIIe siècle l’esprit d’indépendance, devinrent par l’opération du Saint Esprit des fils soumis de l’Église. Catholiques et romains depuis Champlain. Sans interruption. Qui croit, pourrait-on dire, doit nécessairement avoir cru. Avec comme résultat que notre histoire qui en fait fut un dialogue entre autochtones et l’État, le conquérant ou le clergé, se confond encore aujourd’hui dans nos souvenirs avec le monologue grégorien qu’en fit l’Église à postériori.
… Et un peu d’histoire
Le Québec n’est pas né ensoutané. Il est entré en religion vers 1850. C’est une vocation tardive. En 1722, l’Église comptait 154 prêtres pour desservir 18 000 âmes réparties de l’Atlantique à la Louisiane… en 1760, 163 dont 81 d’origine canadienne pour 50 000 âmes… en 1790, 146 pour 150 000 fidèles… en 1837, 323 pour 500 000… en 1880, 2 012 pour 1 million et des poussières… en 1910, 2468… en 1920, 3263… en 1940, 5000 assistés de 20 000 religieux et religieuses… en 1955, 8 000 épaulés par 10 000 religieux et 40 000 religieuses… en 1960, 10 000… en 1967, 7 300… et depuis c’est la chute libre. Bref, le règne de l’Église au Québec n’aura duré qu’un peu plus de cent ans. Comme celui de la Confédération. L’action de Dernier recours de Baptiste à Catherine se passe dans le creux de la vague pour l’Église, de 1760 à 1850, alors qu’elle s’agite dans l’antichambre de sa prise de pouvoir qui consommera la défaite de la bourgeoisie québécoise nationaliste au profit d’un discours catholique, universel et à terme, malgré quelques chanoines Groulx de parcours… fédéralisateur.
Biographies
-
Michèle Lalonde
texte
Michèle Lalonde, poète, dramaturge et essayiste (Montréal, Qc, 28 juill. 1937). Licenciée en philosophie de l’Université de Montréal, Michèle Lalonde est surtout connue pour sa poésie engagée et ses positions politiques sur le Québec et la question de la langue. Son oeuvre compte deux pièces de théâtre, Ankrania ou Celui qui crie (1957) et Dernier recours de Baptiste à Catherine (1977), ainsi que plusieurs recueils de poésie : Songe de la fiancée détruite (1958), Geôles (1959), Terre des Hommes (1967), Portée disparue (1979), Métaphore pour un nouveau monde (1980). Mais c’est le poème-affiche Speak white, récité en 1970 dans le cadre de spectacles de chansons et de poèmes donnés au profit des prisonniers politiques québécois, et publié en 1974, qui est son texte le plus célèbre. Écrit dans un style incantatoire, le poème fait état de la condition culturelle, sociale et économique inférieure des Canadiens français, tout en appelant à une solidarité des peuples opprimés contre toute forme de colonialisme et d’impérialisme. À titre d’essayiste, Michèle Lalonde a fait paraître, en 1979, Défense et illustration de la langue québécoise, et, en 1981 avec Denis Monière, Cause commune. Manifeste pour une internationale des petites cultures. Elle a reçu en 1979 le prix Duvernay, de la Société Saint-Jean-Baptiste, pour l’ensemble de son oeuvre. En 1984, elle devient présidente de la Fédération internationale des écrivains de langue française. (mise à jour: 2005-04-19)
Dernier recours de Baptiste à Catherine est une création du Théâtre d’Aujourd’hui.
Crédits photos : Photo(s) de production : photographe inconnu / Michèle Lalonde : Daniel Kieffer


















