(e)

de Dany Boudreault

une création de La Messe Basse, en résidence à la salle Jean-Claude-Germain

Salle Jean-Claude-Germain

du 7 au 25 mai 2013


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CETTE PAGE

RÉSUMÉ

Voici l’odyssé(e) poétique d’un être dont les seins diminuent de plus en plus et qui recherche pour le reste de sa vie le même étranger roux. Le récit d’une métamorphose intime provoquée par une fourchette plantée entre les seins, de l’insidieuse dictature du regard de l’autre, de la tyrannie sexuelle. Un cha-cha-cha métaphysique entre le corps rêvé et le corps donné. Une fatale introspection dans les champs de blé d’Inde. Voici une vie menée par escales, depuis une allée de quilles jusqu’à un CHSLD. Là où les mères regardent toutes en boucle Les machos à la télévision. Là où toutes les Marie-Chose de ce monde conduisent des voitures rouges.

Voici une procession syncopée qui rappelle cette musique ancestrale qui nous dicte les bons temps. Si au final nos gestes ne sont qu’emprunts, est-ce que tous ces gestes ne parviendraient pas, malgré nous, à conditionner notre aspect physique ? En gros, une épopé(e) grinçante et mystique sur les airs de Nana Mouskouri.

texte, mise en scène et interprétation Dany Boudreault interprétation Robin-Joël Cool, Marie-Pier Labrecque assistance à la mise en scène et régie Jérémie Boucher conseil à la dramaturgie Alice Ronfard conception visuelle Patrice Charbonneau-Brunelle éclairages Erwann Bernard conception sonore Philippe Brault conseil au mouvement Mélanie Demers direction de production Catherine La Frenière

texte, mise en scène et interprétation

Dany Boudreault

interprétation

Robin-Joël Cool

interprétation

Marie-Pier Labrecque

Pourquoi écrire (e) ?

Je me suis trompé. Je voulais écrire un recueil de poésie. L’écriture de (e) est un long dérapage salutaire. Un carambolage de gens qui m’incitent à aller plus loin et à persévérer dans l’inconscient.
(e)… (longue hésitation) ? À défaut de justifier mon titre, je vous parlerai de ce moment où, pubescent, j’ai compris ma génétique et ma délicate stature. Je vous parlerai de ce moment où j’ai abdiqué à vouloir correspondre à ce modèle de force masculine qui régnait dans mon village : corps lanceurs de pierres, cuisses de coursiers rivalisant avec les pick up et les motos 150cc, poings à assommer les vaches malades, épaules à tirer les trailers pris dans le fumier, mains cornées par la corde à vache, corps qui ne secoue plus sous le choc de la broche électrique, même par grande pluie.
Les Boudreault sont forts, et je n’étais pas fort. Intrigué, je regardais les mains ravagées de mon père comme une énigme. Alors j’ai ramassé les roches au printemps remontées par le dégel en quatre-roues pour développer mon cuir, et je me suis mis à sauter en bas de l’armature rouillée du pont de train avec les autres gamins pour prouver que j’avais quelque courage, vertu propre aux hommes forts. C’était l’initiation au village. On sautait avec des espadrilles pour ne pas s’ouvrir la peau des pieds du plus haut du pont de train et on sautait quand on nous disait que la voie était libre et qu’il n’y avait pas de «sea-doo» en vue. Ça nous garantissait de ne pas nous faire battre tous les matins en attendant l’autobus. J’ai sauté, sans larmes, avec sang-froid.
Malgré tout, quelque chose en moi résistait. Alors, j’en suis presque venu à la conclusion que je n’étais peut-être pas tout à fait un homme. Et je me suis même mis à me voir autrement. J’observais ma sœur, qui elle, se faisait traiter de garçon manqué, et son étrange catégorie me rassurait, jusqu’à créer la possibilité en moi d’une nouvelle posture. Pendant un moment, je me souviens clairement m’être identifié à ma sœur qu’on disait ressembler à un garçon. Plusieurs mises en abymes, donc. Je reproduisais tout de ma sœur : ses mouvements, ses œillades, ses élans de rage, son phrasé. Bon… ce n’était pas gagné à l’école. Pour survivre, littéralement survivre, je me souviens très bien m’être déclaré à haute voix et avec un grand pragmatisme : je vais apprendre beaucoup beaucoup beaucoup de mots. Je saurai toujours quoi répondre en toute situation. Je ne serai jamais désarmé. Je pourrai démonter quiconque, bastonner les assaillants, voire même les abattre. Je me suis vraiment dit : je vais tuer avec les mots. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis devenu venimeux, on se mit à me craindre. J’en retirai un plaisir immense. Je ne m’apercevais pas que je devenais, oui, un orfèvre des mots pierreux et un agitateur habile du verbe (du moins dans ces conditions-là), mais aussi un être emmuré par les mots qui l’ont si bien défendu. Il faudra l’École nationale de théâtre, la psychanalyse et l’amour pour me faire resurgir en plein air, sans blindage, déboulonné des mots, juste accompagné par eux, sans en forcer le sens. Ça, c’est une autre histoire. Ce qui nous intéresse, c’est (e). La langue dans (e) est cette langue de résistance. Une langue qui cherche à s’élever par tous les moyens, quitte à flirter avec la banalité. Elle cherche à s’élever comme son personnage principal qui ignore comment être un homme, mais qui y parvient tout de même, à travers l’amour inconditionnel. La langue dans (e) est indissociable du personnage principal ; elle est le principal instrument de survie.
Je lisais un pré-papier d’Alexandre Vigneault la saison dernière, et je suis tombé sur une savante citation de la professeure de sociologie Madeleine Pastinelli qui a résonné très fort en moi. « L’identité est contextuelle, elle varie selon les interactions ». Même si cette citation parlait de tout autre chose, notamment du subversif et fascinant Ishow, je ne saurais mieux dire en parlant de l’identité sexuelle du personnage principal, innommé, de (e). Au fil de ses rencontres, et en carence absolue de modèles, son identité s’adapte, par désir certes, mais trop souvent par survie. Dans (e), la Mère dit que « les hommes sont des concessionnaires ou des gynécologues ». Quand le téléroman Les Machos devient la référence de ce qu’est « être un homme », c’est peut-être parce que rien ne va plus…

Dany Boudreault

« Le grand tour de force de l’auteur réside dans le développement d’une parole où cohabitent de manière fort cohérente ces références à la culture populaire … et des emprunts formels et textuels aux tragédies grecques et classiques, le tout servi dans une langue à la fois robuste et ciselée qui m’a par moments fait penser à l’écriture d’Hervé Bouchard. Une plume affûtée et parfois bouleversante.»
Alexandre Cadieux, Le Devoir

« (e) est un texte poétique qui fait penser parfois au langage de Claude Gauvreau.»
Luc Boulanger, La Presse

« On ne peut que saluer l’aisance corporelle de Robin-Joël Cool, Marie-Pier Labrecque et Dany Boudeault, qui réussissent à être extrêmement sensuels et sobres, provocants et fragiles tout à la fois.»
Camille Plourde-Lescelleur, Pieuvre.ca

« Résolument inventive et drôle, détournant les répliques des films cultes, la pièce manifeste en outre son tribut aux grandes tragédies grecques.»
Martin Hervé, ArtichautMag

« Un texte très bien ficelé et juste assez ludique.»
Pascale St-Onge, MonTheatre.qc.ca

« Ce spectacle est une expérience cathartique, mettant en question l’identité, les genres, le sexe… Cette intensité n’oublie cependant pas l’humour, qui est présent, comme une musique de fond, tout au long de la pièce.»
Benjamin J. Allard, 4mtl.com

« Le tout donne une impression de construction au fur et à mesure, ce qui semble extrêmement pertinent pour porter cette histoire de genres mouvants.»
Philippe Dumaine, Les méconnus

Fondée en février 2012 par Jérémie Boucher, Dany Boudreault et Maxime Carbonneau, La Messe Basse est dédiée expressément à la création de textes inédits et à l’exploration de formes nouvelles. Elle s’intéresse spécialement aux distorsions du langage, c’est-à-dire aux décalages, aux écarts.

À chaque production, La Messe Basse propose des projets qui sortent de l’ordinaire en joignant à ses équipes de production des artistes issus d’autres disciplines artistiques. En ce qui concerne Descendance, elle fait appel au réalisateur Stéphane Lafleur (Continental, un film sans fusil - Tu dors Nicole). Pour Descendance, les distorsions du langage se manifestaient en partie par la relation et la friction entre les différents médiums, soit le théâtre et le cinéma, engendrant une distorsion opérée par le temps sur la famille. Sur (e), un genre d’épopée, c’était le musicien Philippe Brault qui participait intrinsèquement au processus. Maintenant, dans Siri, cet intervenant est Siri elle-même, directement sortie des laboratoires d’Apple.

Par l’intimité qu’impose sa définition, La Messe Basse implique une lente incubation entre tous les membres du projet. Chaque membre participe à l’inconscient du spectacle et est essentiel à son idéation qui se mesure dans le temps. Dans un monde axé sur la productivité, La Messe Basse revendique la patience de l’art.
 

THÉÂTROGRAPHIE

  •  Descendance (publié chez Instant scène, présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui / Gagnant aux prix littéraires du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean), (2014)
  • e, un genre d’épopée (publié aux Herbes Rouges, présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en 2013 / Prix meilleur acteur Cartes Prem1eres), (2013)

Vidéo

Préliminaire #1-2

Vidéo

Hors d'oeuvre

Vidéo

Préliminaire #3-4

DURÉE

1 h 20 sans entracte

Production

une création de La Messe Basse, en résidence à la salle Jean-Claude-Germain