Les Essais, d'après Montaigne

de Loup Bleu et Michel Tanner

une création du Théâtre du Sous-marin jaune, en coproduction avec la Fabrique de Théâtre (Province du Hainaut), le Théâtre de l'Éveil (Bruxelles), le TJP Strasbourg (CDN Alsace) et le Théâtre de la Bordée (Québec), en codiffusion avec le Théâtre d'Aujourd'hui

Salle principale

du 16 février au 6 mars 2010


PARTAGER
CETTE PAGE

RÉSUMÉ

Dans les années 70 du XVIe siècle, Michel Eyquem de Montaigne, châtelain de la région bordelaise, en promenade à cheval dans la forêt, entre en collision avec un loup bleu poursuivi par des chasseurs. Talonné par la Mort, Montaigne est ramené au château par ses domestiques. Sorti du coma, il refuse qu’on abatte la bête inculpée, qui deviendra son secrétaire particulier et confident. Ils traverseront ensemble les terribles années de la guerre civile opposant les catholiques aux réformés (calvinistes). Appelés à conseiller rois et reines, Montaigne et son loup voyageront de Paris à Rome, jusqu’à ce que la mort du grand écrivain les sépare. Le spectacle est présenté sous la forme d’un film de marionnettes muet, doublé, narré et mis en musique par les acteurs sur scène.

texte Loup bleu, Michel Tanner mise en scène et interprétation Jacques Laroche interprétation Annie Darisse, Béatrix Ferauge, Antoine Laprise, Guy Daniel Tremblay direction artistique Frédéric Blin caméra et montage Marco Dubé décor Christian Fontaine costumes Isabelle Chevalier éclairages Christian Peuckert musique Éloi Baudimont marionnettes Isabelle Larivière, Marie-France Larivière atelier Jeanne Lapierre, Zoé Laporte, Sharon Scott, Amélie Trépanier régie Catherine Desjardins-Jolin

texte

Loup bleu

texte

Michel Tanner

mise en scène et interprétation

Jacques Laroche

interprétation

Annie Darisse

interprétation

Béatrix Ferauge

interprétation

Antoine Laprise

interprétation

Guy Daniel Tremblay

Sur l'art de la conversation
Où Loup Bleu reprend mot à mot les paroles de son maître 

Feu mon maître, Michel de Montaigne, disait que l’exercice le plus fructueux et le plus naturel de notre esprit, c’est la conversation. Qu’il en trouvait l’usage plus doux qu’aucune autre action de notre vie et c’est la raison pour laquelle, s’il avait été forcé de choisir, il aurait consenti à perdre la vue plutôt que l’ouïe ou la parole.

La conversation apprend, exerce, disait mon maître. Si je confère avec une âme forte et un raide jouteur, il me presse les flancs, me pique à gauche et à droite, ses imaginations élancent les miennes, la jalousie, la gloire, la contention me poussent et me rehaussent au-dessus de moi-même.

« Contredis-moi! Nie-moi quelque chose, afin que nous soyons deux ! »

Je cherche, à la vérité, disait mon maître, plus la fréquentation de ceux qui me malmènent que de ceux qui me craignent. C’est un plaisir fade et nuisible que d’avoir affaire à des gens qui nous admirent et nous cèdent la place. Je me sens bien plus fier de la victoire que je remporte sur moi quand, dans l’ardeur même du combat, je m’oblige à plier sous la force du raisonnement de mon adversaire que je ne me sens gré de la victoire que je remporte sur lui grâce à sa faiblesse.

Lui qui disait : Nous ne sommes humains et ne tenons ensemble que par la parole; que somme toute, il faut vivre parmi les vivants et laisser courir la rivière sous le pont sans nous en soucier, ou, à tout le moins, sans en être troublés profondément; mais que les passions qui se laissent goûter et digérer ne sont que médiocres; que les âmes des empereurs et celles des savetiers sont coulées dans le même moule; que le monde n’est qu’une école de recherche et que tous les jugements en gros sont vagues et imparfaits.

Lui qui disait : Je ne sais rien si bien faire que d’être ami, me manque et me manquera toujours. Ce qui fait l’ampleur du deuil, c’est la disparition de cet espace de partage que nous avions défriché au contact de l’ami, de l’amant, du parent. Et si l’endeuillé souffre de ne plus pouvoir se partager, sa souffrance est double de ne pouvoir être partagée avec l’être perdu!

Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé.

Je croirais entendre mon maître. C’est la vie tout entière qui n’est réelle que lorsqu’elle est partagée. Partageons-nous.

Loup Bleu
Auteur

Et si on essayait quelque chose? 

La rumeur veut qu’à 38 ans, Montaigne se soit retiré dans la tour de son château pour y commencer la rédaction de ses Essais, son œuvre. Il a inventé le genre. Tout au long de ses chapitres truffés de citations empruntées aux Anciens qu’il respectait, Montaigne osait enfin donner son avis et parler de sa propre expérience en tant qu’individu, révélant ses qualités autant que ses défauts. Il est venu au monde en pleine Renaissance, alors que l’humanisme permettait d’espérer un monde plus humain, plus tolérant. Il a plutôt été le témoin d’un siècle sanglant dominé par la peur et les fanatiques. Et nous, dans tout ça? Nous sommes d’une époque où l’information n’a jamais été aussi accessible, où la technologie permet la diffusion instantanée de la nouvelle et où chacun peut publier sa propre expérience et donner son avis à la planète entière. Nous serions donc en droit d’espérer un monde meilleur pour nos enfants, plus humain, plus tolérant… faudrait voir.

Nous avons eu 38 ans quand a germé l’idée de ce spectacle. Avec toute l’équipe du Sous-marin jaune et ses précieux collaborateurs, nous avons fait un essai. Nous avons concocté un spectacle hybride au carrefour de nos amours : la littérature, la philosophie, l’histoire, le théâtre, la marionnette, le cinéma et le rock’n’roll.

Comme Montaigne, nous nous sommes un peu repliés sur nous-mêmes pour mieux dépeindre le grand branle du monde, notre passage sur terre. Bonne soirée.

Jacques Laroche

« On se régale. ... La fantaisie et la liberté du Sous-marin jaune sont sans limite. ... Toute la distribution se donne du reste avec une présence intense à cet exercice révélateur de la capacité du SMJ à se réinventer. »
Jean St-Hilaire, Le Soleil

« Regard critique sur la folie des hommes, quelle que soit leur époque, ironie et anachronismes, érudition et fantaisie : Les Essais d'après Montaigne ouvre une porte réjouissante sur une grande pensée humaniste.»
Marie Laliberté, Voir

« Loup bleu, cette marionnette qui dégaine plus vite que son ombre, peut se mesurer à n’importe quel humoriste, tirer n’importe quelle ficelle pour se moquer de l’humaine condition, se jouer de ce que nous sommes avec notre assentiment et recevoir en sus sa salve d’applaudissements. »
Sylvie Nicolas, Le Devoir

« Les essais, d'après Montaigne est un bien drôle d'objet théâtral, porté à l'écran avec une belle folie par Marco Dubé et le Sous-marin jaune, qui multiplient les anachronismes et rendent amusante l'histoire du XVIe siècle.»
Jean Siag, La Presse

« Le bric-à-brac dégage une telle drôlerie qu'il est impossible de rester étranger à ce furieux dépoussiérage esthétique. »
Mathieu Braunstein, 

Telerama

« Coproduction belgo-franco-québécoise, Les essais d’après Montaigne est un spectacle osé, ludique, hybride, où les remises en question et les citations sont légion. Et la rigolade, omniprésente! »
David Lefebvre, Montheatre.qc.ca

« Comment faire plaisir et s’amuser tout en philosophant et en faisant réfléchir. Ce sous-titre pourrait très bien convenir au spectacle du Sous-Marin jaune et de Loup bleu. Ces derniers nous ont habitués à une profondeur de pensée dans la folie créatrice qui ne se dément pas. Cette fois-ci, des créateurs belges et français ont participé à ce tourbillon imaginatif. … Au-delà de ce qui est visible, l’imposant travail de recherche, de conception, de confection de types variés de marionnettes et de décors conduit à un jouissif résultat. »
Claire Marcil, Planete.qc.ca

Le Théâtre du Sous-marin jaune, fondé à Québec en 1994 par Antoine Laprise et Lorraine Côté, est un mini-théâtre épique. Il est né de la nécessité de construire un terrain de jeu qui permettrait à des acteurs de métier d'évoluer dans le pur plaisir. Il se donne comme mandat de présenter des classiques de la bibliothèque universelle en format miniature, pour déjouer les couts de production bien trop élevés du théâtre conventionnel. Ce théâtre de poche à tendance iconoclaste veut développer la technique du jeu à vue qui permet une interaction singulière entre l’acteur, la marionnette et le spectateur. Le directeur artistique de la compagnie est lui-même une marionnette : c’est Loup Bleu, philosophe à la dent longue, qui joue le rôle indispensable de narrateur omniscient.

Le Sous-marin jaune débute en 1995 avec un Candide, d’après Voltaire. En 2000, La Bible remporte le Masque de la meilleure production à Québec. Avec Le discours de la méthode d’après Descartes (2005) et Les essais d’après Montaigne (2008), la compagnie poursuit son travail d’adaptation et de pillage des classiques de la littérature de tous les temps avec ce mélange de dévotion et de manque de respect qui lui est caractéristique. Tout ça n’est qu’un prétexte pour raconter des histoires. Ajoutons que le public est conquis parce que plongé en lui-même. C’est à une histoire de la pensée qu’il est convié.
 

THÉÂTROGRAPHIE 

  • Guerre et paix de Louis-Dominique Lavigne d'après Tolstoï (2014)
  • Katana, une histoire renversée de Jean-Frédéric Messier (2011)
  • Les essais, d’après Montaigne (2008)
  • Le discours de la méthode, d'après Descartes (2005)
  • La Bible (2000)
  • Candide, d'après Voltaire (1995)

Vidéo

Loup Bleu, superstar

Vidéo

Extrait de Les Essais d'après Montaigne

DURÉE

1 h 40 sans entracte

Production

une création du Théâtre du Sous-marin jaune, en coproduction avec la Fabrique de Théâtre (Province du Hainaut), le Théâtre de l'Éveil (Bruxelles), le TJP Strasbourg (CDN Alsace) et le Théâtre de la Bordée (Québec), en codiffusion avec le Théâtre d'Aujourd'hui