Moi, dans les ruines rouges du siècle

d'Olivier Kemeid

une création de Trois Tristes Tigres, en résidence au Théâtre d'Aujourd'hui

Salle principale

du 10 janvier au 4 février 2012


PARTAGER
CETTE PAGE

RÉSUMÉ

C’est l’histoire de Sasha, un jeune homme qui tente de retrouver sa mère alors que tout s’effondre autour de lui : ses rêves, ses idéaux, son pays. Vivant seul avec son père, Sasha, né en 1969 en Ukraine, découvre à sept ans que sa mère n’est pas sa mère, qu’il a été kidnappé à l’âge de trois ans par son père, et que celui-ci a reconstruit sa vie avec une autre femme. Il se met alors en tête de devenir célèbre afin que sa mère puisse le voir un jour à la télévision et le reconnaître comme sien. Entre l’explosion de Tchernobyl et celle de la Glasnost entreprise par Gorbatchev, entre son ami acteur Anton qui vit comme un bourgeois en jouant Lénine dans les conventums du Parti communiste et Ludmila son amoureuse dépressive, qui attend avec impatience les bouleversements promis par la Pérestroïka, Sasha tente de se frayer un chemin dans les décombres d’un siècle qui s’achève sous nos yeux. Inspiré de la vie de Sasha Samar, un acteur d’origine ukrainienne vivant au Québec, Moi, dans les ruines rouges du siècle est le récit d’un homme qui tente de se reconstruire dans une Union Soviétique qui commence à se désagréger. La pièce nous parle du monde qui s’est disloqué sous nos yeux il n’y a pas si longtemps, mais également – et surtout – du mensonge que l’on doit mettre en place afin de préserver un idéal. Du mensonge qui sauve les apparences, et qui ce faisant nous tue à petit feu.

idée originale, texte et mise en scène Olivier Kemeid idée originale et interprétation Sasha Samar interprétation Annick Bergeron, Sophie Cadieux, Geoffrey Gaquère, Robert Lalonde assistance à la mise en scène et régie Stéphanie Capistran-Lalonde conception visuelle Romain Fabre éclairages Martin Labrecque conception sonore Philippe Brault mouvement Estelle Clareton direction de production Catherine La Frenière direction technique Jean-Philippe Charbonneau assistance au décor et aux accessoires Loïc Lacroix Hoy assistance aux costumes Fruzsina Lànyi

idée originale, texte et mise en scène

Olivier Kemeid

idée originale et interprétation

Sasha Samar

interprétation

Annick Bergeron

interprétation

Sophie Cadieux

interprétation

Geoffrey Gaquère

interprétation

Robert Lalonde

Au loin là-bas

Parler d’aillleurs, mais toujours à partir de notre point de vue. Il s’agit de faire sien l’adage du sociologue Fernand Dumont : parler du monde à partir du Québec. Nul exotisme de pacotille ici, ni tendance à fuir nos propres tourments, bien au contraire, mais plutôt une envie de mettre en parallèle ce qui, au-delà des âges et des lieux, relève de nos profonds déchirements. Ce n’est ni l’effondrement du bloc soviétique ni les discours de Lénine qui m’ont tant attiré, mais l’histoire intime de Sasha. Sa tragédie familiale, avec bien sûr en arrière-fond tout le décor de l’Histoire, mais avant tout, l’odyssée d’un homme, seul, perdu dans les ruines… Il en était de même pour ma précédente pièce L’Énéide, d’après Virgile, où la destinée d’un seul homme et des siens prenait le pas sur la chute de la ville, d’ailleurs quelle ville était-ce, Troie, Le Caire ou Kigali, nous ne le savions pas, nous n’avions pas besoin de le savoir.

Je pense que la période de l’effondrement du bloc soviétique, si faste en bouleversements, si riche en matière théâtrale, si déterminante dans le cours de l’Histoire, a curieusement plus intéressé le cinéma que le théâtre. Et le cinéma d’ailleurs… On me répondra que cela s’est passé en Europe, voire en Asie, donc au loin là-bas ; je répondrai qu’à notre époque il n’y a plus de « loin là-bas », que tout est proche et que ces bouleversements ne sont pas étrangers à ce qui est en train de se passer sous nos yeux au Moyen-Orient, mais aussi il n’y a pas si longtemps sous nos fenêtres au Square Victoria. J’ajouterais que notre coin de l’Amérique du Nord a été pour les Ukrainiens, dont l’histoire tragique est encore hélas méconnue, une terre d’asile de prédilection, du premier d’entre eux établi au Manitoba, en passant par les Juifs ukrainiens de Little Odessa, jusqu’à Sasha Samar et les siens établis à Montréal. J’aimerais leur dédier ce spectacle.

Olivier Kemeid

Nous avions toutes sortes de projets ensemble, des adaptations de nouvelles de Tchekhov et de Pirandello, des huis clos sur un paquebot enfoncé dans les sables de la Mer d’Aral, et que sais-je encore, nous n’avions pas fini de tisser jusqu’à l’infini toutes les possibilités de récits qui nous trottaient dans la tête… Puis, très timidement, Sasha Samar, mon ami Sasha, me dit : « Eh puis j’ai une autre idée, mais je ne sais pas, c’est gênant, et puis ce n’est peut-être pas intéressant… ». Je lui demande de me la dire quand même. « Je ne sais pas, je me sens bizarre de penser à ça. » J’insiste. « Bien… ce serait l’histoire de ma vie. »

Et il commence. Trois heures plus tard, je n’ai pas pris une seule note. Seulement écouté, les yeux écarquillés. J’en avais su des bribes, bien sûr, de sa vie à ce Sasha, mais jamais dans le détail, jamais dans cette intimité que seul le tête-à-tête permet. Nous sommes en octobre – joli mois pour les Russes. Nous nous verrons trois heures par semaine tout le reste de l’automne, puis de l’hiver. Je noircis plus de cinquante pages de notes dans mon carnet. C’est que Sasha a eu mille vies. Il a été élevé seul par son père dans l’âpreté des villes minières de l’Ukraine communiste des années 1970, pendant qu’en Occident on avait des fleurs dans les cheveux; son Woodstock à lui fut une explosion du nom de Tchernobyl, dont les conséquences directes et indirectes fauchèrent la vie à des centaines de milliers de gens, dont son père. Il a recherché sa mère parmi toutes les mères qu’il a rencontrées dans les trains, dans les gares, dans les restaurants, à la sortie de l’école… Il a fait l’Armée rouge en poste au Kazakhstan, a vécu la chute du Mur de Berlin comme si ce mur était dans sa chambre, puis a assisté à l’impensable, c’est-à-dire à la désintégration de l’URSS, à l’effondrement total du système dans lequel il vivait. L’effondrement d’une utopie en laquelle tous croyaient. L’effondrement d’un siècle.

J’ai écrit ces lignes au moment où, dans le monde arabe, des hommes et des femmes abattaient et abattent encore des cloisons, mettant à jour l’effroyable mensonge qui cimentait leurs vies. Appelés désormais à « vivre dans la vérité », pour reprendre cette expression si chère à l’écrivain et dissident tchèque Vaclav Havel, ils ont décidé de résister au mensonge institutionnalisé. Ils attaquent les fondations mêmes des anciennes certitudes. Ils façonnent l’Histoire avec leurs mains calleuses. Ils sont beaux.

Parmi eux, la silhouette d’un homme se détache dans la poussière des gravats. Il me regarde. Il est seul, au milieu des ruines rouges. Il tente de donner un sens à sa vie.

Il faudra bien qu’un jour quelqu’un raconte son histoire.

Olivier Kemeid

« Exubérante, tragique et délurée, la fable imaginée par Olivier Kemeid dans Moi, dans les ruines rouges du siècle joue brillamment avec l’histoire russe et la transcende. ... La larme n’est jamais loin du rire dans cette fresque puissante où Sasha Samar livre le récit bouleversant et épique de sa vie transformée en légende.»
Voir

« Olivier Kemeid a créé une fable à la fois tragique et délurée. ... Des moments très, très poignants. ... J'ai adoré. »
Voir Tv

« Une production à la fois férocement drôle et très émouvante qui propulse le récit de vie bien au-delà de l'anecdote. ... Moi, dans les ruines rouges du siècle, dialogue culturel sensible et fécond, compte parmi les exemples les plus éloquents et intéressants de l'ouverture de notre dramaturgie à l'Autre.»
Alexandre Cadieux, Le Devoir

« Il faut reconnaître qu'il y a des spectacles qui suscitent de grandes émotions. Des spectacles qui font vibrer plusieurs cordes à la fois. ... Kemeid a donné naissance à une admirable fresque. ... Dans son propre rôle, Sasha Samar bouleverse, aussi juste dans la peau de l’enfant candide que dans celle du jeune homme transformé en militaire, aussi nuancé en adolescent avide de célébrité qu’en adulte reprenant courageusement les rênes de son destin. »
Christian Saint-Pierre, RevueJeu.org

« Chaque vie est unique, mais toutes ne méritent pas d'être données en spectacle. Celle du comédien Sasha Samar, si. Sa trajectoire proprement romanesque est racontée d'une manière superbement touchante et drôle par Olivier Kemeid.»
Alexandre Vigneault, La Presse

« Ça vaut le détour. ... Un récit tout à fait captivant. »
Katerine Verebely, Desautels

« Il y a le mélange de la poésie et de l'humour d'Olivier Kemeid, mais aussi ce brio qu'il a toujours su recréer dans ses pièces, c'est-à-dire le mélange de contemporain et d'épique. La mise en scène est absolument brillante, soutenue par une distribution fort impressionnante. ... C'est absolument à voir.»
Karyne Lefebvre, Bouillant de culture

« Un regard perçant sur les aléas du comédien Sasha Samar à travers les bouleversements de l’Union soviétique. »
Hugo Prévost, Pieuvre.ca

« Un vrai tour de force. ... Une foule émue aux larmes a quitté le Théâtre d’Aujourd’hui, convaincu qu’elle venait de vivre quelque chose d’inoubliable. »
Amélie Bélanger, Sors-tu.ca

« Sasha Samar est extrêmement touchant. ... Je le recommande chaudement. »
Andrée-Anne Brunet, Les oranges pressées

« Tous les éléments de la petite et de la grande histoire de Sasha se côtoient avec une habileté remarquable. ... À la toute fin, on sort du Théâtre d’Aujourd’hui un peu plus humain et un peu plus respectueux face à la vie.»
Samuel Larochelle, Patwhite.com

« Un parcours touchant et empreint d'une belle humanité. ... Une distribution cinq étoiles. »
Olivier Dumas, Montheatre.qc.ca

« J'ai adoré. ... Ce sont d'excellents comédiens qui sont réuni sur la scène du Théâtre d'Aujourd'hui. ... Un très, très beau texte. Allez-y. »
Jordan Dupuis, Gang Bang

« L'histoire est profondément humaine et fascinante. ... Voilà certainement une pièce qui vaut le détour, c'est un très profond moment d'humanité campé sur les « ruines rouges du siècle »... »
Yves Rousseau, Le Quatrième

«Moi, dans les ruines rouges du siècle s’attaque non seulement à la vie époustouflante de Sasha Samar, mais aussi à toute notre conception d’un monde qui nous est inconnu. ... À découvrir, absolument, par les mots de Kemeid et Samar.»
Julie Ledoux, bangbangblog.com

Trois Tristes Tigres est une compagnie de théâtre québécoise dont la direction artistique est assurée par Olivier Kemeid. Stéphanie Capistran-Lalonde (direction générale de la compagnie, assistance à la mise en scène et régie des productions) et Romain Fabre (communications de la compagnie, scénographie des productions) viennent compléter l’équipe. Le mandat de Trois Tristes Tigres est la création de textes originaux d’Olivier Kemeid ou l’adaptation d’œuvres présentant des échos à sa démarche. Une première veine se concentre autour d’une poétique fortement nourrie par les chocs de l’Histoire : L’Énéide (2007 et en tournée en 2010) raconte l’exil de réfugiés contemporains à partir de l’oeuvre antique de Virgile; Moi, dans les ruines rouges du siècle (2012) relate la vie d’un Ukrainien témoin de l’effondrement du bloc soviétique. Une seconde veine se base sur les questionnements anthropologiques suscités par notre attitude devant la mort (Tout ce qui est debout se couchera, 2004), les accommodements raisonnables et le choc des cultures (Les lettres arabes, 2011), l’animal en nous (Maldoror-Paysage, 2009, d’après l’œuvre de Lautréamont) et enfin divers thèmes sociopolitiques et philosophiques (Les Cabarets CLIM). Depuis quelques années, la compagnie s’est engagée dans des coproductions internationales : une première avec la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (L’Europe et les barbares, 2008), une deuxième en cours avec le Centre dramatique de l’Océan Indien, à l’île de La Réunion (Bâtards, avril 2012). Trois Tristes Tigres est actuellement en résidence de création dans la grande salle du Théâtre d’Aujourd’hui pour les deux prochaines années.
 

THÉÂTROGRAPHIE

  • Furieux et désespérés d’Olivier Kemeid, en coproduction avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (2013)
  • Moi, dans les ruines rouges du siècle d’Olivier Kemeid, en codiffusion avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (2012)
  • Les lettres arabes d’Olivier Kemeid et Geoffrey Gaquère, en codiffusion avec Espace Libre (2011)
  • Cabaret CLIM-OFFTA, cabaret collectif en ouverture de l’OFFTA (2010)
  • Maldoror-Paysage, d’après Lautréamont (2009)
  • L’Europe et les barbares, cabaret collectif en coproduction avec la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (France) (2008)
  • Cabarets CLIM, cabaret collectif en codiffusion avec Espace Libre (2007) 
  • L’Énéide, d’après Virgile, d’Olivier Kemeid, en codiffusion avec Espace Libre (2005)
  • Tout ce qui est debout se couchera d’Olivier Kemeid et Patrick Drolet, en codiffusion avec Espace Libre (2004)

Vidéo

Bande-annonce pour Moi, dans les ruines rouges du siècle

Vidéo

Bande-annonce pour Moi, dans les ruines rouges du siècle

DURÉE

1 h 50 sans entracte

PUBLICATION

Moi, dans les ruines rouges du siècle
Kemeid, Olivier LEMÉAC
14,00$
Disponible à la bouquinerie

ARCHIVES

Moi, dans les ruines rouges du siècle
saison 13/14
en reprise

Production

une création de Trois Tristes Tigres, en résidence au Théâtre d'Aujourd'hui