Appelle-moi

d'Élizabeth Bourget

une création du Théâtre d'Aujourd'hui

Salle principale

du 24 mars au 20 avril 1995


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RÉSUMÉ

Ils se sont connus grâce à une annonce dans une boite vocale et se sont fréquentés six mois. Une rencontre inopinée déclenche une réflexion à rebours sur leur relation.

texte Élizabeth Bourget mise en scène et costumes Jean-Stéphane Roy interprétation Annick Bergeron, Martin Dion assistance à la mise en scène et régie Suzanne Beaudry scénographie Guillaume Lord costumes Marie Saint-Pierre éclairages Martin Labrecque projections Jean-Claude Labrecque bande sonore, musique originale et piano Catherine Pinard violon Sylvain Melançon basse électrique Pierre Roberge maquillages et coiffures Florence Cornet

texte

Élizabeth Bourget

mise en scène et costumes

Jean-Stéphane Roy

interprétation

Annick Bergeron

interprétation

Martin Dion

Il y a des gens pour qui l'amour et la vie à deux, ça va de soi. Il y en a d'autres pour qui... c'est plus compliqué. Elle et Lui, mes personnages, sont du deuxième type.

Je pourrais vous dire qu'en écrivant la pièce comme je l'ai écrite - c'est-à-dire chacun racontant sa version des faits - j'ai voulu vous entrainer dans une aventure, provoquer la discussion. En effet, j'ai tendance à croire (j'espère en fait!) que deux spectateurs assis côte à côte pourront sortir du spectacle avec chacun sa version de la pièce: « Ils ont bien fait de se séparer. » « Non. » « C'était écoeurant. » « Pas du tout. » Etc.

Je pourrais vous dire aussi qu'en écrivant la pièce comme je l'ai écrite j'ai évité de prendre parti. C'est elle qui a raison? C'est lui? C'est sa faute à elle? À lui? C'est... un constat à l'amiable que je vous propose.

Si la pièce pose une question, c'est celle-ci: ce qu'ils ont vécu, c'est une histoire d'amour... ou de cul? Et d'où vient qu'ils ont tant de mal à nommer ce qu'ils ont vécu? C'est eux, c'est leur époque, ou un peu des deux?

Élizabeth Bourget 

Nous avons le verbe facile pour discourir sur les baby-boomers et la génération X. L'une est assise et l'autre trop violente. C'est simple, efficace et de bon gout. Mais qu'arrive-t-il donc de la génération des 30-35 ans?

On a tenté de l'inclure dans la « génération lyrique » mais nous l'avons oubliée très vite. Je serais tenté de la qualifier de « sacrifiée ».

On lui a promis un avenir meilleur mais son avenir, trop souvent, se résume au lendemain. Cette génération qui ne désire plus rien, dont les rêves sont brisés et qui attend... attend des jours meilleurs, le prince charmant, une reprise économique... La génération la plus débrouillarde de toute l'Histoire... qui survit dans une jungle où l'on est surcompétent pour le salaire offert, la reine des pigistes, des McJobs, des emplois partagés, qui prend ce qui passe pour assumer les débuts de mois. Génération instable qui a travaillé dur pour transformer un féminisme trop radical afin de ne plus faire peur aux hommes. Génération qui est née avec l'ordinateur personnel, avec les grands rassemblements, qui se retrouve confrontée à l'individualisme borné et qui s'invente une sexualité en réalité virtuelle pour pallier les déceptions et combler un manque chronique d'amour et d'affection.

Bien sûr il ne faut pas généraliser, il y a des exceptions, mais les membres de cette génération ont une chose en commun: la difficulté d'aimer et d'assumer ses émotions. C'est la génération des divorces dont le modèle de l'amour-couple se résume à la garde partagée.

Serions-nous face à une génération qui changera la face de l'amour?
Aurions-nous oublié en chemin de faire la différence entre l'amour et la passion?
L'amour serait-il devenu un concept ou une utopie?
Depuis quand l'amour est-il devenu un signe de faiblesse?

Je n'ai aucune réponse et ne tente pas, non plus, de vous en donner. Mais si vous, au creux de vous-même, en avez une... osez!

Jean-Stéphane Roy

Production

une création du Théâtre d'Aujourd'hui