Corps célestes

de Dany Boudreault

Une création du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et de La Messe Basse

Salle principale

du 21 janvier au 15 février 2020 
 


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RÉSUMÉ

Dans un futur aux allures de dystopie, une guerre pour le pétrole fait rage. Alors que la menace d’une marée humaine venue du Nord gronde, Hélène retourne dans sa maison natale. Après quinze ans d’absence et une carrière de réalisatrice de films pornographiques, elle y retrouve sa mère, sa sœur ainée, l’un de ses anciens amants et son neveu Isaac, adolescent à la lucidité exacerbée.  

Avec cette nouvelle création, Dany Boudreault questionne le corps et ses désirs, déjoue le discours moral et explore la genèse de nos pulsions. La pornographie devient prétexte à parler de la sexualité comme d’une quête d’élévation, d’harmonie entre le corps et l’esprit. Dans une langue précise et poétique, l’auteur invente un verbe charnel, un texte où le mot revêt toute sa dimension érotique.
 

texte Dany Boudreault mise en scène Édith Patenaude interprétation Brett Donahue, Gabriel Favreau, Louise Laprade, Julie Le Breton, Evelyne Rompré assistance à la mise en scène Alexandra Sutto scénographie Patrice Charbonneau-Brunelle costumes Elen Ewing éclairages Julie Basse musique originale Alexander MacSween conseil au mouvement Mélanie Demers régie Jérémie Boucher conseiller artistique Maxime Carbonneau

texte

Dany Boudreault

mise en scène

Édith Patenaude

interprétation

Brett Donahue

interprétation

Gabriel Favreau

interprétation

Louise Laprade

interprétation

Julie Le Breton

interprétation

Evelyne Rompré

assistance à la mise en scène

Alexandra Sutto

scénographie

Patrice Charbonneau-Brunelle

costumes

Elen Ewing

éclairages

Julie Basse

musique originale

Alexander MacSween

conseil au mouvement

Mélanie Demers

régie

Jérémie Boucher

conseiller artistique

Maxime Carbonneau

JOUIR AUTREMENT

Je ne crois pas aux étincelles pour écrire. Je crois aux feux latents qui couvent et crépitent. Ce que nous écrirons est déjà écrit en nous. L’exercice de le faire est une simple purge, et le moment de cette purge procure une jouissance. La jouissance est différente du plaisir.  Elle est un alliage de joie, de douleur et de grande détente. Ainsi, il y a eu ce moment de jouissance lors de l’écriture de Corps célestes. Une jouissance qui se raffine, une douleur revisitée au fil des versions.

J’ai rêvé d’écrire un texte normal, où des personnages se parleraient dans des situations normales. Une pièce-machine normale. Évidemment, la machine a déraillé, les personnages ont pris le dessus, et ils ne sont pas normaux. Les situations leur ressemblent, anormales. Cette pièce me ressemble, elle veut être normale, mais elle échoue, et cet échec la fonde.

Je sens depuis très longtemps un manque sidéral que je ne sais pas comment remplir. Je ne prétends pas être unique : je soupçonne le genre humain de ressentir la même qualité de gouffre. Comment combler ce « trou » insatiable, cette pulsion dévorante?

J’ai rêvé d’une pièce-trou, d’un futur proche où la forêt avalerait tout, où les êtres seraient ces sujets désirants sans objets de désir précis. J’ai rêvé d’un texte où la pensée trébuche, où le souffle se casse, où les personnages peineraient à nommer ce qu’ils ressentent tout en s’acharnant à le faire inexorablement avec le peu de mots dont ils disposent. Le langage est si limité devant la vastitude de nos sensations. Heureusement, il y a le « cristal de la langue », ce moment où le mot se diffracte, où le sens échoue, dévie.

J’ai rêvé d’un texte où la langue serait aussi architecturée que la morale. Un texte-corset, une partition mesurée trouée d’éclaircies, peuplée d’accidents de corps, d’humour spontané. Un texte où il y a la guerre, une guerre que se livrent le corps et l’esprit. La guerre comme une danse.

Personne ne m’a enseigné à faire danser mon intimité avec celle des autres. Étymologiquement, l’intimité, c’est ce qui se tourne vers l’intérieur, ce qui ne peut être pillé. Mais quand j’entre en contact, en contact véritable, je suis nécessairement « pillé ». Comme le personnage d’Isaac, j’ai appris «sur le tas». Mon cas n’est pas original. Je l’ai appris à mes dépends, je me suis fait mal, me suis relevé, me relève encore indéfiniment. 

J’ai voulu parler d’une maison au milieu d’une forêt. Une maison de cri et de désir. J’ai été élevé dans une vieille maison de campagne. Je me perdais dans les dédales de ses environs. J’y entendais sourdre le désir. La maison était si grande et le terrain si étendu qu’il fallait crier pour se retrouver. Pour manger, vivre, se battre et s’aimer. Même proches, ma famille et moi oubliions que nous pouvions parler doucement. Alors nous criions, à s’en époumoner. Que ce soit pour appeler les vaches ou pour vivre. Une maison de cri et de désir. 

J’ai rêvé d’un texte qui parle du désir féminin. Un texte où le personnage féminin ne serait pas l’objet du désir, mais le sujet désirant. Je ne suis pas dupe : un homme qui aborde le désir féminin parle toujours irrémédiablement du sien. Malgré tout, je me suis fait le devoir de curiosité d’explorer une sexualité féminine qui serait épanouie et saine à travers le personnage de Lili, en opposition à une sexualité fondée sur le dégoût, comme celle exposée dans le monologue Maudit cul de Rose Ouimet dans Les Belles-Sœurs. Le désir féminin, je l’ai observé longtemps chez mes sœurs, ma mère, mes ex-copines alors que j’en avais, mes amies. Avec distance. De la même sorte que l’anglais du personnage de James est une langue que je revêts avec distance. Cette distance me rapproche de moi.

La révolution sexuelle est en marche, mais elle n’est toujours pas advenue. Aujourd’hui, l’écart se creuse. Plus la morale se raffine, plus l’interdit se radicalise. Plus la sexualité est absente du débat public, plus les sphères privées l’absorbent et l’instrumentalisent à des fins publicitaires. If the fruit were not forbidden, would anyone care to take a bite?  

L’image que la société nous renvoie de la sexualité ne nous élève pas. Elle est souvent négative. La culpabilité nous freine, comme le réflexe fantôme d’une morale bigote dont nous avons hérité. L’éducation sexuelle a été mise au rancart pendant une dizaine d’années dans nos écoles, elle revient à peine, timide, entre un cours d’histoire et l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir. 

Je crois en la puissance de la sexualité. Mais ma connaissance en est si réduite. Il s’agit d’une langue étrangère. Quand je crois la connaître, un nouveau pan se révèle et je me sens idiot, désarmé. Quiconque s’expose à cette puissance a la faculté de s’élever ou s’anéantir. J’ai rêvé d’un texte où ces forces cohabitent. Ce texte est pour moi la zone de combat où je me débats jour après jour. J’aimerais transformer la morale, la soumettre, et en même temps, rattraper ce temps perdu à souffrir pour rien à force de me fracasser contre tout ce que j’ignore. 

J’ai rêvé d’un texte où l’existence ne serait pas uniquement génitale. C’est un rêve que je fais tous les jours. Celui de retarder l’orgasme du départ, de rester après la mort du désir, dans le service après-vente de nos corps ensemble. 

Je rêve de jouir autrement. 
Pour aimer plus.

Dany Boudreault 

Fondée en février 2012 par Jérémie Boucher, Dany Boudreault et Maxime Carbonneau, La Messe Basse est dédiée expressément à la création de matériaux inédits au théâtre. La Messe Basse désire repenser la pratique théâtrale et s’intéresse spécialement aux distorsions du langage, c’est-à-dire aux décalages, aux écarts, sur les plans textuel et esthétique.

Une messe basse est un aparté, un plan que l’on prépare en secret, un certain retrait du monde. Cette expression semblait toute désignée pour parler de la démarche d’une compagnie qui aspire prendre du recul sur le monde pour mieux en cerner les travers.

À chaque production, La Messe Basse propose des projets qui sortent de l’ordinaire en joignant à ses équipes de production des artistes issus d’autres disciplines artistiques, ou encore des matériaux empruntés à d’autres médiums. En ce qui concerne Descendance, elle fait appel au réalisateur Stéphane Lafleur (Continental, un film sans fusil - Tu dors Nicole). Sur (e), c’était le musicien Philippe Brault qui participait intrinsèquement au processus. Pour Siri, cet intervenant était Siri elle-même, l’intelligence artificielle d’Apple, coautrice et actrice du spectacle. Pour La femme la plus dangereuse du Québec, ce sont les archives mêmes de Josée Yvon qui constituent le jalon central du spectacle. Ensuite, avec Les murailles, il s’agit du roman et des recueils d’Erika Soucy, adaptés à la scène. Pour Corps célestes, c’est la structure narrative d’un film pornographique et l’implication d’une réalisatrice issue du milieu du cinéma.

Par l’intimité qu’impose sa définition, La Messe Basse implique une lente incubation entre tous les membres du projet. Dans un monde axé sur la productivité, La Messe Basse revendique la patience de l’art.


THÉÂTROGRAPHIE

  • Les murailles, présenté au Théâtre Périscope, (2019)
  • La femme la plus dangereuse du Québec, présenté à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier,  (2017)
  • Siri, créé au Festival Transamériques, et présenté en reprise au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, (2016, 2017) 
  • Descendance (publié chez Instant scène, présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui / Gagnant aux prix littéraires du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean), (2014)
  • (e), un genre d’épopée (publié aux Herbes Rouges, présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en 2013 / Prix meilleur acteur Cartes Prem1eres), (2013)

Nouvelle

Publié le 14/05/19

La Messe Basse à la salle principale!

Après deux saisons en résidence à la salle Jean-Claude-Germain, on est très heureux de s'associer à La Messe Basse pour leur première création sur le grand plateau du CTD'A! 

Nouvelle

Publié le 14/05/19

Le saviez-vous?

Connaissez-vous le point commun entre Dany Boudreault, Rébecca Déraspe et Christian Lapointe? Ces trois auteurs et autrices de la salle principale sont tous les trois passés par la salle Jean-Claude-Germain au début de leurs carrières respectives. La saison 19/20 marque la première création de Dany Boudreault et Rébecca Déraspe sur le grand plateau, et la deuxième pour Christian Lapointe!

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Publié le 14/05/19

Deux des interprètes de Corps célestes prennent la pose sous l'objectif de Kelly Jacob pour la campagne de saison 19/20! Cette création de Dany Boudreault, mise en scène par Édith Patenaude, sera à voir en janvier 2020 à la salle principale. 

Nouvelle

Publié le 12/02/19

Édith Patenaude : nouvelle artiste associée au CTD'A!

Elle succès ainsi à Alexia Bürger et devient une interlocutrice essentielle de Sylvain Bélanger : ses créations au cours des prochaines saisons nourriront le projet artistique du CTD’A et elle siégera sur les différents comités de la direction artistique. Bienvenue Édith!

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Production

Une création du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et de La Messe Basse