Mot du directeur artistique

Direction artistique

La saison de ceux et celles qui apprennent.
La saison de ceux et celles qui redécouvrent.
La saison des nouveaux départs.

À PROPOS DE LA saison 19/20


Nous sommes au lendemain du dernier soir du 50e anniversaire. Au matin de la 51e saison. Et il me semble qu’il y a plein de choses que l’on peut découvrir, si on ne brusque pas notre réveil. Plein de choses que l’on peut apprendre si on ne parle pas trop vite. Si on observe d’abord. Si on écoute surtout. J’aime le théâtre comme lieu d’apprentissage. Et j’ai envie d’un théâtre qui en a toujours à apprendre, sur le monde et sur lui-même, qui malgré ses 50 ans, ne soit jamais arrivé ou accompli.

Comment aborder la 51e année? Comment entamer la première des « prochaines années »?

En donnant un pouvoir absolu à l’auteur de repartir à zéro. De se réécrire.
Mais réécrire une vie, individuelle ou collective, est-ce possible?

Est-ce possible d’écrire « à partir d’aujourd’hui »?

En 19/20, nos créateurs tentent de réécrire une constitution, de réinventer une vie personnelle ou de se réapproprier des langages. Ils laissent aussi des choses derrière eux : des proches, des conditions, des difficultés. Ils veulent s’extraire des vacarmes, des engourdissements, des définitions, des finitudes. Comme au premier jour d’un nouveau projet, d’un nouveau travail, d’une nouvelle relation, il y a des choses à apprendre, à constater, à écouter avant de se commettre et de se compromettre.

La saison 19/20, c'est certainement celle du Québec qui décide de faire des choses pour la première fois et qui demande l’aide de quelqu’un.

C’est la saison d’un Québec qui choisit le chemin difficile, qui met à nu ses vulnérabilités, qui prend le risque de l’apprentissage et qui se donne toutes les chances en se mettant au travail.

Qui travaille sur sa vie, ses relations, son contrat social, qui travaille sur le choix des mots, qui doit se concentrer fort pour réapprendre à parler ou à écrire, qui doit se concentrer fort et avec l’aide des autres pour continuer à raconter des histoires :
celle d’une nouvelle assemblée constituante,
celle d’un adolescent qui exige d’être initié au miracle ou au massacre,
celle d’une femme qui s’est évaporée et qui refait sa vie sans nous,
celle du folklore qui reprend des forces à notre insu,
celle d’une soirée électorale travestie en carnaval,
celle de trois mères désirées et attendues,
celle d’un couple qui se redécouvre depuis 25 ans,
celle d’un homme aphasique qui a besoin de l’aide d’un spectateur pour se raconter
et celle finalement d’un auteur qui a besoin d’une autrice pour déballer son autofiction, lui qui s’y est perdu.

C’est la saison de ceux qui apprennent des autres.
C’est la saison de ceux qui remplacent ou qui survivent aux autres.
C’est surtout la saison des nouveaux départs.

Sylvain Bélanger, 
Codirecteur général et directeur artistique